Pierre Dalphond

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J’ai eu le bonheur de faire la connaissance de Guy à l’automne 1980, alors que j’entreprenais une maîtrise en philosophie à l’Université d’Oxford. Nous étions inscrits au collège St. John the Baptist, endroit qui sied bien à des Québécois puisqu’on y célèbre le 24 juin!

Lors de la cérémonie d’accueil des nouveaux étudiants, j’ai tout de suite remarqué Guy. Il était la seule tête grise parmi les nouvelles recrues! Puis, en lui parlant, j’ai réalisé qu’il venait non seulement de Montréal, mais aussi qu’il entreprenait une maîtrise en sociologie.

Un cinéaste, qui décide à 55 ans d’entreprendre des études supérieures en sociologie dans l’une des universités les plus exigeantes au monde, voilà qui était plutôt inhabituel.

Au cours de notre conversation, j’apprends également que son épouse de longue date, la très britannique Nancy, est aussi inscrite à la maîtrise en sociologie.

Quel plaisir de découvrir ce couple chaleureux et ouvert. C’est le début d’une amitié durable et enrichissante pour moi. Au fil de nos rencontres, j’ai découvert en Guy un homme mûr, simple, curieux, doté d’une intelligence vive et des plus énergiques. Jamais il ne se vante de ses succès passés, tels l’obtention de la bourse Rhodes en 1947, qui le mènera à Oxford pour entreprendre un doctorat en chimie, ou les nombreux prix et distinctions qu’il a reçus au Canada et à l’étranger pour son œuvre cinématographique.

Après avoir complété à peine une des deux années de son programme de maîtrise, Guy m’annonce qu’il vise désormais rien de moins que le doctorat. Cet ultime défi académique, il le complétera en un temps record d’un an, alors que le programme prévoit une période maximale de sept ans.

Sa thèse portera sur la mobilité sociale au Royaume-Uni. Alors que les ordinateurs commencent à peine à être utilisés, il amasse une quantité phénoménale d’informations à partir des recensements qu’il traite ensuite sur support informatique afin d’établir diverses corrélations. Sa thèse est couronnée de succès.

Si, à la fin des années 1940, il passe de la chimie à la cinématographie, au début des années 1980, il opte pour la sociologie et s’adapte aux nouvelles technologies informatiques. Quelle belle diversité, si caractéristique des personnages extraordinaires.

À notre retour au Canada, nous sommes restés en contact. J’ai ainsi pu le voir, toujours débordant d’énergie, devenir un activiste, luttant sans relâche pour la conservation du Mont Pinacle, un espace de nature tout près de sa maison de campagne à Frelighsburg, en Estrie.

Cette lutte l’entraînera devant les tribunaux où Guy, puis, après son décès, Nancy, devront se défendre contre des actions injustifiées en dommages. La victoire finale viendra de la Cour d’appel du Québec en octobre 2004, une sorte d’hommage posthume à Guy, le combattant décédé subitement en 1994.

On dit de la vie qu’elle est un périple qui nous permet de faire des découvertes et de vivre à l’occasion des moments inoubliables. Je fais partie de ceux qui ont eu la chance de connaître au hasard des parcours, cet homme exceptionnel qu’était Guy L. Coté et je m’en réjouis.

Guy fait partie de ces êtres qui font une différence. S’il n’est malheureusement plus des nôtres, son précieux héritage, cinématographique et autre, demeure !

L’honorable Pierre J. Dalphond
Juge de la Cour d’appel du Québec

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Le 14 novembre 2013
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