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Alanis Obomsawin

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Entrevue avec Alanis Obomsawin
19 janvier 2014

Guy L. Coté a été président du Syndicat de l’ONF de 1975 à 1978.

Un jour, Guy et l’avocate du syndicat me convoquent en réunion. Guy m’explique qu’il a fait une recherche sur les conditions de travail des employés de l’ONF. Il s’avère que je suis celle dont les conditions sont les pires : salaire le plus bas, aucune vacance, aucune sécurité d’emploi. J’étais contractuelle à l’ONF depuis 9 ans et selon la perception de Guy, en plus d’être autochtone, j’étais une femme, j’étais pauvre, je n’étais pas mariée et j’avais un enfant.

Guy m’explique que pour avoir une chance de changer mes conditions de travail, il me faudrait aller en cour et porter plainte contre l’Office national du film. « Si tu perds, tu perdras très certainement ton emploi. Si tu gagnes, tu vas devenir permanente. » Déjà, à cette époque, j’étais une militante active au service de mon peuple. Il n’était pas question que je m’effondre. J’allais accepter sa proposition.

Quelque temps plus tard, je me suis retrouvée à la cour du gouvernement canadien à Ottawa. Une autre employée de l’ONF, Arlette Dion, était également à la cour pour contester des conditions de travail précaires. Je me souviens très bien, j’étais assise devant quatre juges en toge et en perruques blanches siégeant sur une estrade. C’était très impressionnant. Une représentante de l’ONF dont j’oublie le nom, mais qui dirigeait le programme anglais à ce moment-là était là pour y représenter l’institution.

À tour de rôle, les juges m’ont posé des questions. « Avez-vous droit à des vacances ? Avez-vous des journées de maladie ? Qu’en est-il du temps supplémentaire ? » Chaque fois, ma réponse était négative et je voyais une drôle d’expression sur leur visage.

Je suis retournée travailler à l’ONF et les semaines ont passé. Puis un jour, Ian Mc Laren, alors producteur exécutif de la production anglaise, me convoque dans son bureau en compagnie de Dog Mc Donald. Ian m’avise qu’il va me poser trois questions et que je dois faire très attention à mes réponses parce qu’elles vont déterminer si je vais continuer à travailler à l’Office ou non. Est-ce que je ferais des films sur autre chose que sur les autochtones ? Ma réponse fut que l’Office ne faisait que commencer à faire des films sur les authochtones. Est-ce que j’irais travailler à Edmonton ? Ma réponse fut évidemment non. Est-ce que j’accepterais un autre poste moindre que celui de réalisatrice ? À cette question je répondis que je travaillais depuis l’âge de 9 ans, que je n’avais jamais cessé de travailler et gagner ma vie et que je continuerais à faire ainsi, même si je devais laver les planchers.

Quelques mois passent, puis un jour, j’ai été appelée au bureau de Ian McLaren. C’est alors qu’il m’annonce « Alanis, your on staff. » Voilà, c’était fait. Tout ça grâce à Guy qui avait constaté l’injustice et m’avait encouragée à poser le geste d’aller à la cour, pour moi et pour tous les autres qui souffraient d’une telle injustice.

J’ai toujours aimé Guy et je l’ai toujours beaucoup respecté. Grâce à lui, ma vie a changé ainsi que celle de beaucoup d’autres « false free-lancers ».

Merci à Guy !

 

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Le 19 janvier 2014
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